Bravant le froid, nous étions nombreux ce samedi 4 février Centre René Leduc à Meudon pour assister à l’Assemblée Citoyenne sur la dette en présence de nos deux candidats, Dominique Rabany, titulaire, et Théo Chevallier, suppléant.
Nous avons eu l’immense plaisir d’accueillir les économistes Jacques Rigaudiat et Guillaume Etiévant.
Durant quatre heures, ils ont répondu à nos questions, nous ont expliqué les mécanismes financiers qui ont conduit notre économie dans une impasse, et nous ont présenté l’ensemble des solutions qu’il serait urgent de mettre en œuvre pour mieux répartir les richesses.
L’humain d’abord, plus que jamais.
La dette ? quelle dette ? « Ce n’est que la partie haute de l’iceberg », affirme d’emblée Jacques Rigaudiat. Pour expliquer l’ampleur de la situation, inédite à ce jour, et sans doute bien plus dramatique qu’en 1929, l’économiste a démontré que cette situation était la résultante de cinq crises qui s’additionnaient les unes les autres. Une crise financière tout d’abord qui remonte à 2008, une crise économique entraînant une récession, une crise sociale avec un taux de chômage qui ne cesse de grimper, une crise du modèle productiviste, et une crise politique, comme le montre le sort réservé en 2005 au référendum sur le TCE, et le déni de démocratie qu’il a mis en évidence. En un mot, cette dette n’est pas légitime.
Depuis trente ans, l’économie réelle s’est profondément transformée générant bulles spéculatives et dérives que l’on connaît. Les dix points perdus au début des années 80 par les salaires au profit du capital pèsent encore et toujours dans la balance, et n’ont rien d’une « parenthèse », comme le décrivait à l’époque Lionel Jospin. Cette situation s’est généralisée à tous les pays de l’Ocde, entraînant de profondes transformations du système économique aux niveaux français, européen et international.
En France, le mouvement ne date pas d’hier et prend ses racines dès les années 70 avec la fin du fordisme et des 30 Glorieuses. Face à un chômage croissant, crise énergétique oblige, les salaires ont été désindexés des gains de productivité. « Détricotage » du droit du travail, montée de la précarité, objectifs de rentabilité démesurés, nous en sommes arrivés aujourd’hui, après des années d’autonomisation du système bancaire, à ce que Jacques Rigaudiat appelle une « économie de casino ».
Le système tel qu’il existe maintenant ne peut se satisfaire de quelques ajustements.
Il doit être profondément remis en cause.
A condition que le rapport de force entre Politique et Finance change d’emblée. « La situation ne tombe pas du ciel, elle est la résultante de lois qui ont disparu au fil des 30 dernières années, indique Guillaume Etiévant. Parce que le politique a fini par s’aplatir devant le monde tout puissant de la finance ». Il est temps de reprendre la main. Des solutions simples et évidentes existent pour stopper cette spéculation, comme l’interdiction des produits toxiques comme les CDS, les ventes à découvert…, ou la pratique du Lbo dans le monde de l’entreprise. Sans oublier des mesures aussi évidentes que la séparation entre les banques de dépôts et les banques de spéculation, la nationalisation du système bancaire, et la création d’un pôle public financier.
Mais il faut bien évidemment aller au-delà de ces mesures, et engager un vaste mouvement d’ensemble de l’économie et de ses structures pour que les richesses soient au final mieux réparties. Le Front de Gauche propose, entre autres, la création de 14 tranches d’imposition, la suppression des niches fiscales, notamment celles qui profitent aux grandes entreprises et qui représentent à elles seules pas moins de 65 Milliards d’€. Du côté des salaires, le Fdg revendique une indexation des minima sociaux sur le Smic qui passerait d’emblée à 1700 € bruts. Quant à l’écart des salaires dans l’entreprise, il ne devra pas excéder un rapport de 1 à 20.
Ces mesures passeront de toute évidence par une forme de « désobéissance » à l’Europe, ont rappelé nos deux intervenants, et par la refonte d’une Europe plus solidaire et plus juste où la BCE notamment jouerait à plein son rôle de banque européenne au service de l’intérêt collectif, de l’Humain d’abord.
Les mesures avancées par nos deux intervenants sont détaillées dans l’ouvrage l’Humain d’abord, qui reprend l’ensemble du programme du Front de Gauche.
Jacques RIGAUDIAT
Membre du Parti de Gauche, Jacques Rigaudiat est conseiller référendaire à la Cour des comptes, ancien conseiller social des premiers ministres Michel Rocard puis Lionel Jospin. Il est également professeur associé à l'université Paris-I. Il est l’auteur de : Le nouvel ordre prolétaire, Autrement, Frontières, 2007, et de Solidarités à reconstruire, Le bord de l’eau éditions, Jaune et noir, 2003.
Guillaume ETIEVANT
Président de la Commission Economie du Parti de Gauche, Membre du bureau de la Fondation Copernic, et Membre de la Cgt, Guillaume Etiévant est économiste.
L'intégralité des interventions de
Jacques Rigaudiat et de Guillaume Etiévant
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